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Les références aux acouphènes dans la littérature

19 mai 2026 par
DOUCET, Emma


Les références aux acouphènes dans la littérature


«Un bruit qui ressemble à une tempête et qui touche l'une ou l'autre des oreilles », telle était la première mention écrite de l'acouphène dans l'histoire humaine. On la retrouve dans le livre de médecine du Fayyun paru en Égypte plus de 300 ans avant Jésus-Christ. On y suggérait alors comme remède une décoction à base de roseau, de lotus, d'herbe et d'huile. Comme quoi, l'acouphène n'est pas si jeune.

Les références aux bruits d'oreilles sont anciennes : Aristote en parle dans les Problèmes,  notant que ce son perçu dans l'oreille disparaissait lorsque le sujet était exposé à un bruit extérieur fort. Pline l'Ancien, le fameux auteur de l'Histoire naturelle, mort en 79 après J-C lors de l'éruption du Vésuve (mais pas de celle-ci, croit-on savoir aujourd'hui) l'évoque aussi, en suggérant une médecine à base d'herbe, comme plus tard les docteurs Galien et Avicenne. 

Dans ses Confessions, Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) raconte le jour où cela a démarré pour lui :

“Un matin que je n’étais pas plus mal qu’à l’ordinaire, en dressant une petite table sur son pied, je sentis dans tout mon corps une révolution subite et presque inconcevable. Je ne saurais mieux la comparer qu’à une espèce de tempête qui s’éleva dans mon sang et gagna dans l’instant tous mes membres. Mes artères se mirent à battre d’une si grande force que, non seulement je sentais leur battement, mais que je l’entendais même, et surtout celui des carotides. Un grand bruit d’oreilles se joignit à cela, et ce bruit était triple ou quadruple, savoir : un bourdonnement grave et sourd, un murmure plus clair comme d’une eau courante, un sifflement très aigu, et le battement que je viens de dire, et dont je pouvais aisément compter les coups sans me tâter le pouls ni toucher mon corps de mes mains. Ce bruit interne était si grand, qu’il m’ôta la finesse d’ouïe que j’avais auparavant, et me rendit, non tout à fait sourd, mais dur d’oreille, comme je le suis depuis ce temps-là. (...) Mes bourdonnements (...) depuis ce temps-là, c’est-à-dire depuis trente ans, ne m’ont pas quitté une minute.(...)

J’étais importuné de ce bruit, mais je n’en souffrais pas : il n’était accompagné d’aucune autre incommodité habituelle que de l’insomnie durant les nuits.”

(J-J Rousseau, Les Confessions, Livre VI)


Je précise qu'on peut avoir des acouphènes et ne pas avoir de perte auditive. Chaque cas est différent. Tout comme l'on peut avoir une perte auditive sans forcément avoir des acouphènes qui apparaissent. Même si dans ce sens, c'est plus fréquent car l'acouphène va pallier aux fréquences perdues.

Louis-Ferdinand Céline en a eu, dans son cas certainement consécutifs à la guerre de 14-18, et il les prête à plusieurs personnages ou alter-egos de ses livres. Par exemple dans le Voyage au bout de la nuit :

“Ses bruits dans l’oreille (...) n’arrêtaient pas. A force d’y penser, de les écouter ces bruits, il s’était dit qu’ils l’empêcheraient de dormir ces bruits abominables. Et il les écoutait en effet, au lieu de dormir, des sifflets, des tambours, des ronrons... C’était un nouveau supplice. Il s’en occupait toute la journée et toute la nuit. Il avait tous les bruits en lui. (...)

(Sa femme) n’avait jamais essayé de comprendre ce qu’il voulait dire, ni imaginer ce qui le turlupinait avec ses malaises d’oreilles. “Tu m’entends bien pourtant !” qu’elle lui demandait.

- Oui, qu’il lui répondait.

- Eh bien, ça va alors !... Tu ferais mieux de penser à ta mère, qui nous coûte si cher.” (L-F. Céline, Voyage au bout de la nuit, p. 227)

Dans son roman Journal d'un corps, paru en 2012 et dont je ne connais pas la part d'autobiographie, Daniel Pennac évoque le jour d'avril où son personnage en est atteint à l'âge de 48 ans

"Réveillé tôt ce matin par un sifflement assez pareil à celui d'une cocotte-minute oubliée sur le feu. J'ai pensé que cela venait de dehors et me suis rendormi. Nouveau réveil une heure plus tard. Toujours le même sifflement. Aigu, continu, une buse, un sifflet à vapeur, quelque chose comme ça. (...) Je me lève, ouvre la fenêtre, écoute la rue. En effet, le sifflement est dans la rue. Je referme la fenêtre, le sifflement demeure ! Même intensité. (...) Je vais à la cuisine préparer le café, j'y retrouve le sifflement, toujours sans pouvoir en déterminer la source. Je vérifie le branchement du gaz, la veilleuse du chauffe-eau, l'étanchéité des fenêtres... Sur le chemin de notre chambre, la cafetière à la main, j'ouvre la porte du palier : il est là comme partout ailleurs, d'une constance entêtante, un trait tiré à la règle entre mes deux oreilles. Alors, je le reconnais. C'est un de ces sifflements que j'entends parfois dans ma tête à la fin des repas. (....) Deux ou trois secondes d'imagination folle : et si cela durait toujours ? L'idée d'entendre ce son toute ma vie, sans pouvoir le couper ni le moduler, est parfaitement terrorisante. Ça va passer, dit Mona.

Et en effet ça passe : le boucan de la rue, les chuintements du métro, le brouhaha des couloirs, les conversations de travail, la sonnerie du téléphone, les négociations qui s'ensuivent, les protestations de Parmentier, les litanies d'Annabelle (...) toute cette rumeur citadine et professionnelle a eu raison de mon étoile filante, elle s'y est désintégrée.

Mais quand la porte de l'appartement s'est refermée sur moi, ce soir (...), le sifflement était là, tendu entre mes deux oreilles, rigoureusement pareil à ce qu'il était ce matin. La vérité est qu'il ne m'a pas quitté de la journée. Il a juste été couvert par les rumeurs de la vie publique." (Daniel Pennac, Journal d'un corps, p. 246-47)

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